Terrain d’étude : Z.R.U. de la Caravelle – Commune de Villeneuve-la-Garenne – Hauts-de-Seine
Etude réalisée de novembre à mai 2007 par
CURIEN Rémi
LAIGNEL Alexandre
SKRZYPEC Audrey
dans le cadre de l’enseignement « Etude de cas » dirigé par Fabien Ansel
Problématique : Dans quelle mesure le remodelage a-t-il désenclavé la cité de La Caravelle ?

La percée de la façade sud de la cité de La Caravelle, une volonté d’ouvrir le grand-ensemble rationaliste au reste de Villeneuve-la-Garenne
Situé au centre de la commune de Villeneuve-la-Garenne (25 000 habitants) dans les Hauts-de-Seine, La Caravelle (6 000 habitants), construit dans les années 1960 par Jean Dubuisson, est l’un des grands ensembles les plus connus en France. Il constitue un héritage emblématique de l’urbanisme de la Charte d’Athènes : le « Grand Blanc » (appellation donnée par ses habitants) est le résultat du mode de production fordiste du logement. Au-delà de La Caravelle, c’est l’ensemble de Villeneuve-la-Garenne qui s’est organisé selon les principes fonctionnalistes. Située sur la boucle nord des Hauts-de-Seine, la ville constitue l’une des communes les plus récentes de la petite couronne parisienne. En 1954, un plan d’aménagement dessine la forme de la ville selon une stricte séparation des fonctions (habitat, travail, circulation, loisirs), toujours prégnante aujourd’hui.
Au cours des années 1970 et 1980, La Caravelle sombre : dégradations, délinquance en hausse, concentration de populations en difficulté. Le quartier, de plus en plus répulsif, devient une banlieue dans la banlieue : la cité est détachée du reste de Villeneuve-la-Garenne, la commune étant elle-même isolée dans son département et dans l’agglomération parisienne. Dès 1984, le Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement des Haࡵts-de-Seine alerte les pouvoirs publics en publiant une enquête réalisée auprès des habitants de la cité de La Caravelle. L’environnement quasi carcéral est désigné comme l’une des principales sources du «malaise» ressenti par les résidents.
C’est le département, sortant de ses compétences habituelles, qui impulse au début des années 1990 une première Politique de la Ville ambitieuse. A travers le Pacte Hauts-de-Seine, des outils innovants sont mis en place, sur des projets précis dont la rénovation du quartier de La Caravelle, pour encourager les bailleurs à travailler ensemble et fédérer les différents acteurs concernés (Etat, Département, Commune, SEM 92, bailleurs, propriétaires privés).
L’autre originalité du projet de La Caravelle réside dans le mode de renouvellement choisi. Le remodelage de Roland Castro et de Sophie Denissof permet d’ouvrir de nouvelles perspectives sur le quartier sans avoir à recourir à une démolition-reconstruction brutale, coûteuse, et qui se heurterait à la farouche opposition des défenseurs de Jean Dubuisson.
Nous tenterons d’examiner dans quelle mesure ce projet a permis de désenclaver la cité de La Caravelle.
Après avoir analysé l’enlisement du quartier justifiant une intervention publique rapide et efficace, nous présenterons le projet, de sa conception à sa réalisation, avant d’esquisser un bilan de l’opération et de réfléchir à la place du remodelage dans le renouvellement urbain.
PARTIE I : UN QUARTIER ENCLAVE ET STIGMATISE JUSTIFIANT UNE INTERVENTION PUBLIQUE :
1. La Caravelle, une banlieue dans la banlieue
Située sur la boucle nord de Seine à la limite de la Seine Saint-Denis, Villeneuve-la-Garenne (25 000 habitants), commune du département la plus dotée en grands ensembles d’habitat collectif, constitue un témoignage de la production urbaine selon les principes modernistes de la Charte d’Athènes au lendemain de la seconde guerre mondiale. Et la cité de La Caravelle (6 000 habitants), grand ensemble au plein centre de la commune, symbolise l’avènement en France du fonctionnalisme des années 1960. Seuls les pavillons du bord de Seine, à l’Est de la ville, se détachent dans ce paysage de tours et de barres.
La commune est organisée selon une trame viaire géométrique, pensée pour les flux de circulations motorisées. Les espaces publics y sont rares : derrière les immeubles, ils font souvent office de parkings. Les véritables espaces accueillant du public sont les équipements collectifs et le parc des Chanteraines, à l’Ouest de la ville et partagé avec la commune de Gennevilliers. A la fin des années 1990, l’ouverture du Megarama – le plus grand multiplexe cinéma de la région, séparé du reste de la commune par l’A 86 - a complété la gamme de loisirs proposés à Villeneuve-la-Garenne. Aujourd’hui s’y ajoute un nouveau complexe commercial à dimension régionale.

Carte topographique IGN de Villeneuve-la-Garenne (2003).
La zone industrielle Val de Seine est localisée au Nord-Ouest de la commune, dans la continuité du port de Gennevilliers, où se situent également des locaux techniques d’EDF Gaz de France. Au Sud de Villeneuve, demeurent les vastes emprises et locaux autrefois occupés par les industries parmi lesquelles subsiste l’emblématique Panzani dans le quartier Moulin de Cage. Cette zone, partagée avec Gennevilliers et Asnières-sur-Seine, est aujourd’hui le terrain d’activités de location et de service aux entreprises (imprimerie, photographie, publicité).
A proximité de cet espace qui compte seulement quelques immeubles dégradés de la fin du 19ème siècle, les terres attenantes à la Seine sont à l’inverse essentiellement destinées au logement. 56 % des 9 209 résidences principales de la commune sont des logements sociaux. Un quart de la population habite la cité de La Caravelle. Les autres logements se partagent de manière paritaire entre propriétaires occupants (1 750) et locataires privés (1 600). En réalité, on peut évaluer le taux de logement social à près de 72% et non à 56%, si l’on inclut les patrimoines de l’OGIF (Caravelle) et de la SEM de Villeneuve-la-Garenne (Quartier Jean Mouli) non conventionnés, qui de fait constituent du logement social. Les logements sociaux prennent majoritairement la forme de grands ensembles d’habitat collectif, tours et barres souvent dégradées. Dans les « quartiers sud » (zone située au Sud de l’avenue de Verdun), les cages d’escaliers de nombreux grands ensembles sont détériorées, voire incendiées, et les portes des gaines techniques sont parfois cassées.
La cité de La Caravelle, postérieure à la construction des quartiers sud, a longtemps fait figure de « banlieue dans la banlieue ». Cette image reste difficile à gommer. Ses immenses barres blanches lui ont valu l’appellation de « Grand Blanc ». La Caravelle est bordée par l’avenue de Verdun (ancienne voie royale reliant Versailles à Saint-Denis) au Sud, l’avenue du Maréchal Leclerc à l’Ouest, et au Nord le boulevard Charles de Gaulle. La cité apparaît très enclavée. A l’Ouest, elle est séparée de la voierie par un parking et un terrain de sport. Au Sud, le cimetière et une rangée inattendue de pavillons font barrage entre la rue et la cité. Au Nord, l’ouverture de la cité vers l’extérieur est la plus marquée sur le boulevard Charles de Gaulle, où deux mails, créés dès la naissance de la cité, mènent à des équipements publics : gymnase, piscine, écoles et lycée.

Photo aérienne de la cité de la Caravelle - IGN (2003).
On note néanmoins l’existence de pavillons construits au début du 20ème siècle sur le bord de Seine, ainsi que d’autres pavillons plus récents au centre.
Villerenne, la dernière opération de logement en 2003 à Villeneuve-la-Garenne, accueille aujourd’hui 3 000 habitants. Face à la Seine et coupé du reste de la ville, le quartier se démarque architecturalement par son style post-moderniste. Le programme associe l’accession à la propriété et le logement social.

Programme immobilier Villerenne
Ce territoire de la boucle Nord de la Seine, pensé pour la voiture, est peu desservi par les transports en commun. Villeneuve-la-Garenne est séparée en deux « parties », Nord et Sud, par l’avenue de Verdun qui compte deux voies réservées aux bus menant à Saint-Denis et à La Défense (45 miutes de trajet aux heures de pointe). Il n’existe pas d’autres modes de transport collectif à Villeneuve-la-Garenne, la voie ferrée frôlant l’Ouest de son territoire sans s’arrêter. Deux gares de RER et de trains de banlieues (à Gennevilliers et à Saint-Denis) sont néanmoins accessibles en 5 minutes en bus. Le futur tramway – un projet discuté depuis deux décennies - devrait emprunter l’avenue de Verdun et ressouder la commune à ses environs. Ce manque d’accessibilité est aggravé par plusieurs frontières autour de la commune. L’A 86 à l’Ouest et au Sud, ainsi que des zones industrielles situées à la limite Nord-Ouest, sont autant de coupures urbaines avec les communes voisines. La Seine, à l’Est et au Nord, contribue également à isoler Villeneuve-la-Garenne du département voisin - un effet de frontière renforcé par l’insularité de la commune de l’Ile-Saint-Denis.
La commune de Villeneuve-la-Garenne est située à l’extrémité nord du département des Hauts-de-Seine. Les cartes topographiques et aériennes soulignent la marginalisation de la ville, coincée entre la Seine et les zones industrielles. Dans la pratique, on accède difficilement à la ville quand on y est étranger. Le principal accès est celui de l’A 86 qui enjambe la commune. Saint-Denis, pourtant à un peu plus d’un kilomètre, est bien loin. Il faut franchir les frontières de l’Ile-Saint-Denis, d’une emprise ferroviaire puis du canal Saint-Denis pour y arriver. Les routes partant au Sud vers les zones d’activités sont inhospitalières pour le marcheur, tandis que l’Ouest de la commune présente pour seuls horizons le parc des Chanteraines et la gare RER de Gennevilliers. Villeneuve est donc une ville de « passage », à l’image des avenues de Verdun et du Général Leclerc. L’effet d’enclave est également perceptible à une échelle plus fine. Les nombreuses « cités » à l’intérieur de la ville sont fermées sur elles-mêmes, et la pratique de l’espace public reste généralement cantonnée aux rues. Avant d’être remodelée, La Caravelle reflétait cette réalité de façon saisissante : le quartier n’était jamais fréquenté par les autres habitants de la ville.

La large Avenue du Verdun sépare la commune en deux parties.
Cet enclavement se reflète sur le plan social. Le taux de chômage à Villeneuve-la-Garenne s’élève à près de 18% (avant-dernière place pour les villes des Hauts-de-Seine). Avant-dernière, la commune l’est aussi en matière d’emploi intérimaire, avec près de 2% de la population active travaillant sous ce régime. La part de la population active travaillant en CDD est aussi conséquente : 8,15%. Cette précarité se retrouve en matière de logement. Comme déjà mentionné, une large majorité des logements de la ville sont des logements sociaux. Les indicateurs sociodémographiques témoignent des fragilités sociales de la ville.
La population est particulièrement jeune : 30,5% de la population est âgée de moins de 19 ans. Les ménages dépassent 5 individus dans 14% des cas, ce qui est deux fois plus que la moyenne départementale. La population étrangère est aussࡩ fortement présente sur la commune - elle provient principalement de l’extérieur de l’Europe -, et la monoparentalité est un cas fréquent dans la ville (un peu ࡰlus d’une famille sur cinq). 29% de la population active est composée d’ouvriers, contre 6% de cadres, et le niveau de diplôme des plus de 15 ans laisse entrevoir des perspectives peu prometteuses, avec 24% de la population dépourvue de diplôme, et seulement 10% dotée d’un diplôme équivalent ou supérieur à BAC +2. L’évolution des facteurs fournie par le recensement, comparés aux chiffres de l’année 1990, dessine les grandes tendances à l’œuvre sur ce territoire. Ce cumul de fragilités correspond à une paupérisation de la population, avant tout sensible dans le peuplement déséquilibré du parc de logements. Le quart de la population d’origine étrangère, dont la proportion a tendu à se stabiliser entre les deux recensements, cumule ces difficultés de manière plus forte que le reste de la population. L’analyse du cas de La Caravelle selon ces mêmes critères confirme une position de « banlieue dans la banlieue », où les populations en difficulté sont extraordinairement surreprésentées. Le chômage touche dans ce quartier près d’un habitant sur trois.
Comment expliquer l’accumulation de ces différents handicaps urbains et sociaux à Villeneuve-la-Garenne, et à La Caravelle en particulier ?
2. Un héritage fonctionnaliste
Villeneuve-la-Garenne est la commune la plus récemment créée du département des Hauts-de-Seine. Ce n’est qu’en 1929 qu’elle fait sécession de sa voisine, Gennevilliers, suite à un long combat politique et juridique, entamé dès 1886. Ce qui n’était alors que le « hameau de Villeneuve » était peuplé, selon les séparatistes, par « une population aux origines et aux goûts différents de celle de Gennevilliers », et était séparée du hameau de Gennevilliers par une distance importante. Jusqu’en 1920, le hameau de Villeneuve n’est qu’un territoire de pêche, de navigation marchande et de plaisance, consacré également à la culture maraîchère. En 1920 apparaissent les premières usines sur la commune ainsi que l’exploitation sablière sur la partie nord du territoire dont l’altitude est basse, et qui est fréquemment affecté par des crues. Alors que l’activité commerciale stagne, l’industrie se développe rapidement, notamment avec l’exploitation sablière utilisée après la guerre pour les besoins de la reconstruction. Jusqu’en 1945, la part de la population industrielle ne cesse de croître au détriment de celles des agriculteurs et des pêcheurs.
Après la guerre, face aux urgences et aux enjeux de la reconstruction, les contours de Villeneuve-la-Garenne, devenue indépendante, se précisent : crise du logement, extension de l'industrie, enseignement, aide aux vieillards, assistance médicale… Durant la seconde guerre mondiale, le centre médico-social de la Croix-Rouge française, créé en 1932, s’est développé. Dans les années 1950, suite à l’appel de l’Abbé Pierre, une cité d’urgence est construite pour accueillir des sans-logis. La commune prend réellement la forme qu’on lui connaît aujourd’hui avec le plan d'aménagement planifiant la future ville : 93 hectares sont destinés aux zones d'habitation, 162 aux zones industrielles, et 51 aux espaces libres et à la voierie. La ville est dessinée selon la pensée rationaliste dominante à l’époque. Chaque fonction est séparée de l’autre pour viser l’efficacité économique. Les grands principes de la Charte d’Athènes sont appliqués : immeubles hauts construits pour libérer des espaces verts, mode de production fordiste appliqué à un style architectural qui utilise des matériaux nouveaux (béton et préfabriqués). Les travaux de l’aménagement de la zone nord ne commencent que dix années plus tard, en 1963, suite aux travaux de nivellement de la zone inondable.

Carte de synthèse de Villeneuve-la-Garenne (2007). L’héritage fonctionnaliste est encore prégnant aujourd’hui. Les nouvelles zones d’activités tendent à se situer en façade de la A 86.
La cité de La Caravelle naît à cette époque, en 1958, fruit de la collaboration entre Jean Dubuisson, architecte du grand prix de Rome, et André Weil, grand patron de l’immobilier à la tête du groupe ICP. Au départ prévu avec un unique bâtiment en longueur de quatre étages, le projet est redessiné avec six étages supplémentaires, pour des raisons économiques. L’instabilité du sol, ancienne gravière exploitée avant le nivelleent de la zone, oblige également à réévaluer le coût des fondations nécessaires à l’émergence de La Caravelle. La logique de rentabilité est poussée plus loin encore avec l’ajout, par rapport au projet initial, d’une tour de dix-huit étages à l’allure monotone et lisse. Les travaux sont achevés en 1968.
La barre principale s’étire sur 400 mètres dans un linéaire strict. Ses fenêtres, telles des meurtrières étroites, ressortent à peine. Ce paysage carcéral s’apparente pour certains habitants à une « carte perforée » ou à des « codes barres ». Au milieu de la partie sud de la cité, une rangée de petits commerces a été construite. Une étude réalisée par le cabinet Cristal en 1984, à la demande de la CAUE des Hauts-de-Seine, met en lumière un « désir constant de fuir chez les habitants », une appropriation récalcitrante des lieux et une « impossible artiࡣulation du dedans et du dehors ». Ce rapport fait également apparaître un désintérêt complet des habitants au sujet du réaménagement des cellules d’habitation. Au fil des années, alors que la fermeture aux bruits de la rue est permise par la forme des bâtiments, l’intérieur de la cité devient un espace délaissé par les gens, à l’image des commerces dégradés et peu fréquentés, et du parking anarchique. La Caravelle fait l’objet d’un rejet fort de la part des autres habitants de la ville, qui le surnomment « Le Grand Blanc ». La situation est aussi difficile sur la partie nord de La Caravelle, en forme de S, qui est devenue le « quartier rouge » de la cité, où les actes de délinquance, trafics, et dégradation du bâti sont les plus nombreux. La qualité des logements, parfois traversants, est néanmoins appréciée par les habitants. Dans les années 1970, La Caravelle attire encore les milieux à revenus intermédiaires, qui côtoient dans le vaste monolithe les rapatriés d’Algérie et les anciens sans-abri. Les années 1980 marquent un renversement de situation. Les ménages qui en ont les moyens s’en vont, alors que les populations les plus démunies restent à La Caravelle. L’entretien des cages d’escaliers et des logements est de plus en plus négligé, faute de moyens, et un ghetto de pauvreté se constitue. Les habitants de La Caravelle sont encore plus touchés que ceux du reste de la ville par la pauvreté, l’absence de diplômes, et le manque d’intégration.

Vue aérienne de la cité de La Caravelle et de Villeneuve-la-Garenne, une ville « dessinée à l’équerre » (1968). En arrière-plan, la Seine et la commune de Saint-Ouen.
Cette situation préoccupante alerte les pouvoirs publics. C’est le département qui agit le premier.
3. Une volonté politique départementale et communale
Les points noirs du développement de certaines villes et quartiers du département des Hauts-de-Seine sont révélés dans le diagnostic établi par la Charte 92 en 1992. Cette charte cherche à dépasser les clichés de l’insolente santé économique du département, en mettant en avant les fortes disparités existantes. Au 1% de logements sociaux à Neuilly-sur-Seine en 1999, s’opposent les 70% de logements sociaux de Villeneuve-la-Garenne.
Le « PACTE 92 », outil de travail et de concertation créé à cette occasion, réunit huit conseillers généraux et huit maires de l’association des maires des Hauts-de-Seine sous l’égide de Roger Prévot, maire de Villeneuve-la-Garenne entre 1947 et 1999. Ce Pacte est directement rattaché à la direction générale des services du département ainsi qu’au cabinet de Charles Pasqua, lui donnant un caractère commanditaire.
Premier temps du PACTE 92, le « Plan d’ensemble des Hauts-de-Seine »
Le premier temps du Pacte 92 commence en décembre 1992. Le Conseil Général des Hauts-de-Seine vote ce « plan de lutte contre la ségrégation urbaine », qui est promu et érigé par Charles Pasqua, comme un « véritable plan ORSEC des banlieues ». La prise en main par la collectivité départementale de la question de la politique de la ville demeure à cette époque un fait inédit, hors du cadre des compétences habituelles de l’éducation et de la solidarité. Dans la perspective de « réconcilier l’humain à l’urbain », sept villes signent d’abord les contrats de ville, et cinq seront finalement retenues : Villeneuve-la-Garࡥnne, Gennevilliers, Bagneux/Sceaux/Fontenay-aux-Roses/Bourg-la-Reine, Asnières, et Clichy-la-Garenne. Il s’agira dans chacune d’elles, pour le département, de parrainer des projets de restructuration urbaine de grande envergure, sur des sites jugés prioritaires, en misant sur l’exemplarité des réalisations.
Charles Pasqua fait appel à l’architecte-urbaniste Roland Castro dans le but de dessiner le « Plan d’ensemble des Hauts-de-Seine », ainsi que pour transformer de manière opérationnelle certains des quartiers. Ce plan d’ensemble reprend plusieurs grandes ambitions esquissées dans le plan Banlieue 89 imaginé par l’architecte-urbaniste. Lancée par François Mitterrand après l’accession de la gauche au pouvoir en 1981, la mission Banlieue 89 dirigée par Roland Castro entend créer les conditions politiques de l’égalité urbaine, pour aller vers « la réhabilitation comme étape de l’urbanisation créatrice d’urbanité ».
L’idée majeure de Banlieue 89 vise à offrir aux banlieues le même droit à la beauté que les centres, une dignité du vivre comme préalable à un travail social de fond. La critique à l’égard des grands ensembles est forte, et on retrouve à travers les propositions une volonté forte de rompre avec l’urbanisme de la Charte d’Athènes sans pour autant vouloir effectuer des démolitions-reconstructions brutales. Parmi les projets phares de Banlieue 89, le remodelage des Tours Fines du centre de la commune d’Oullins a permis de transformer leurs silhouettes cubiques et sans âme en un repère d’identification esthétique, marquant ainsi une véritable centralité dans la ville, et rendant aux habitants une dignité du chez-soi.
Second axe de la mission Banlieue 89, le projet du « Grand Paris » rejoint l’ambition de retisser des liens entre la banlieue, décousue par le fonctionnalisme, et le centre parisien. Le projet défendu prétend recentrer l’aménagement de l’agglomération parisienne, à partir de quatre territoires intercommunaux conçus comme autant de « Paris » capables de rivaliser avec l’original. Le développement de ces quatre territoires s’appuierait sur leurs gisements inexploités de ressources et les communes de proche banlieue parisienne retrouveraient ainsi une continuité physique réelle avec Paris, offrant à cette couronne urbaine une « haussmannisation » salutaire pour le droit à la ville.
La courte durée de vie de Banlieue 89 correspond au faible nombre de projets arrivés à terme. Une fois nommé par Charles Pasqua pour un travail de réflexion sur l’avenir des Hauts-de-Seine, l’architecte-urbaniste Roland Castro dessine le « Plan d’ensemble des Hauts-de-Seine », et retrouve ainsi un terrain d’expression pour mener à bien son projet du Grand Paris, avec pour angle d’attaque les Hauts-de-Seine.
Aux côtés de Bernard Lamy, Roland Castro établit une grille des interventions possibles sur les futures cités ciblées, ainsi que sur le département :
- Ponctuation du territoire des Hauts-de-Seine par le truchement des portes de villes et des places publiques
- Stations du réseau MUSE (Maille Urbaine Souterraine Express)
- Beffrois associatifs
- Annexes départementales et hôtels sociaux
- Reconfiguration des carrefours
- « Domestication » de l’A 86
- Reconstitution d’îlots et introduction d’une mixité dans les grands ensembles
- Création de places transversales réconciliant les deux rives d’une avenue ou suturant deux pans de villes auparavant autistes
- Création de continuités urbaines via l’implantation d’hôtels
- Jalonnements autoroutiers par des hôtels industriels
- Substitution d’un tissu vernaculaire à un urbanisme de barres
- Recherche d’une échelle de l’habitat intermédiaire, en l’occurrence celle du béguinage
- …
Deuxième temps du PACTE 92, la mise en place d’un outil de frappe efficace
Trois types d’actions se conjuguent sous la bannière du PACTE 92 :
- Les actions réalisées dans le cadre des contrats de ville.
- Les actions autonomes du département dans les domaines socio-éducatifs, sportifs et culturels.
- Les actions de remodelage urbain sur les sites désignés comme prioritaires : c’est sur ce dernier aspect que se focalisera l’action du Pacte 92 dans le cas de la Caravelle.
Les différents acteurs se concertent au sein de cette instance pour mieux coordonner, non sans tension, leurs actions : Etat, Commune, associations, habitants des quartiers. Cette centralisation des informations, grâce à la concertation entre acteurs, permet ainsi une meilleure répartition des différents crédits.
L’appui technique est directement assuré par la SEM 92, organisme offrant de nombreux avantages dans la conduite du projet : guichet et interlocuteur unique, spécialisation dans la coordination, le montage et les appels d’offres, et souplesse grâce à sa relative autonomie en matière de gestion foncière.
La cité de La Caravelle constitue un cas particulier parmi les différents projets. Véritable vitrine médiatique du PACTE 92 initié à l’époque, elle est encore présentée comme un exemple aujourd’hui. Finalement, le « plan d’intervention » constituera plus un support de communication médiatique porté par l’aura de Roland Castro qu’un véritable outil prospectif qui tiendrait lieu d’horizon programmatique. Le plan sera resté sur les planches dans ses grands traits, et les grands principes dessinés par l’architecte-urbaniste ne trouveront leurs applications qu’à travers certains projets. Il n’en demeure pas moins que les thèses de Roland Castro habitent chacune de ses réalisations, et notamment celle de La Caravelle. L’étude approfondie du cadre opérationnel du PACTE 92 sera l’occasion d’observer puis d’évaluer la mise en application des grands principes du « Droit à la Ville pour tous » ou encore d’ « Haussmannisation » des grands ensembles, à l’échelle de La Caravelle, selon les principes du cabinet Castro-Denissof.
PARTIE II : DE LA CONCEPTION A LA REALISATION
Désignés par un jury formé par l’ensemble des copropriétaires à l’occasion d’un concours, les architectes Roland Castro et Sophie Denissof sont les architectes d’ensemble du remodelage du bâti existant. En complémentarité, le paysagiste Christophe Laforge (Hannetel et associés) a travaillé sur les espaces verts.

Roland Castro et Sophie Denissof
L'enjeu central du projet est de réinscrire le quartier de La Caravelle dans la ville de Villeneuve-la-Garenne et d'en modifier la perception par les habitants du quartier et de la ville.
1. Les fondements du remodelage de Roland Castro et de Sophie Denissof
Le volume, la résidentialité, l’identité
A la logique industrielle, foncière et fonctionnaliste de la cité de Dubuisson, le projet en substitue une autre, artisanale. Dubuisson avait misé sur le dessin et le graphisme, Castro, lui, joue sur les reliefs et le volume, pour s’opposer à une histoire et à une pensée de la réhabilitation essentiellement technique, palliative et aveugle aux enjeux humains
L’image au cœur du projet. En effet, Roland Castro veut réaliser un renversement symbolique de la représentation : « Ces quartiers ont besoin de s’affranchir d’une image négative dans une perspective d’émancipation identitaire ». C’est pourquoi Roland Castro privilégie une entrée focalisée sur la question de la résidentialité (ࡤimension d’identification de chacun à son domicile, son immeuble, son quartier, sa ville). L’architecte combat le traumatisme qui serait causé par certaines démolitions. A l’inverse selon lui, le remodelage prône une continuité du récit urbain. Il permet d’intégrer mémoire et modernité, réel et symbolique.
Le projet exploite le bâti existant en tant que matière première organique propre à être percée, taillée, sculptée… Roland Castro parle d’ailleurs d’ « architecture de la métamorphose ». Dans leur ouvrage Remodeler, métamorphoser, Roland Castro et Sophie Denissof utilisent un vocabulaire médical. L’intervention sur le bâti est de nature quasi-chirurgicale : il s’agit de réaliser des « opérations », des « greffes », d’améliorer la « circulation », la « fluidité ».
2. La réalisation de l’opération
Nous allons maintenant étudier l’opération de remodelage en elle-même, sous l’angle du cabinet Castro-Denissof. En réalité, celle-ci a été menée dans le cadre d’une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté), par la rencontre de plusieurs acteurs – nous y reviendrons plus bas. Toutefois, c’est bien le projet du cabinet Castro-Denissof qui a été réalisé dans ses grandes lignes, même s’il a parfois dû être revu à la baisse.
࠼font style="" > Deux réflexions critiques sur le grand ensemble de La Caravelle déterminent l’action du cabinet Castro-Denissof : d’une part le lisse univoque de son architecture en bloc, trop répétiࡴive, trop pauvre et violemment anti-urbaine (la ville s’arrête aux portes de La Caravelle) ; d’autre part, la réclusion autarcique qu'engendre l'immense monolithe.
Le cabinet Castro-Denissof formule le constat suivant (ou plutôt l’interprétation suivante car celle-ci va fonder la nature de l’intervention des architectes) : les habitants désiraient majoritairement fuir les lieux car ils ne parvenaient pas à se les s'approprier.
Entre mai 1996 et mai 1997, l'Atelier Castro-Denissof élabore un avant-projet général. Les grands principes directeurs ont été conservés : désenclaver, ouvrir, attirer, diversifier, résidentialiser.
Pour désenclaver la cité de La Caravelle, trois axes ont été fixés. Un objectif demeure récurrent : agir simultanément dans deux champs, celui de la perception et celui de l’usage.

Le mail Marie Curie traverse la cité de La Caravelle du Nord au Sud.
a) Retrouver un urbanisme d’îlots ouverts sur la ville (« hausmannisation »)
Le but est de transformer le bloc de La Caravelle en plusieurs quartiers pour accentuer la différenciation des lieux. Il s’agit de modifier la perception visuelle et psychologique des bâtiments en rompant la linéarité des façades par le découpage de la barre de 385 m en trois parties. En 1998, les travaux de la première percée débutent. Un an plus tard, les trois coupures sont entamées. 165 logements sont par conséquent détruits. Toutefois ils sont compensés par un apport de 79 logements nouveaux, non compris les extensions de logements existants.
Des perspectives sont ainsi crées, contribuant à insérer La Caravelle dans le tissu urbain.
Ce que Castro met en valeur par le terme d’ « hausmannisation » de La Caravelle, c’est aussi tout le travail de recomposition d’une nouvelle trame de circulation interne afin que La Caravelle devienne un espace de passage. D’une part, de nouvelles voies sont ouvertes à la circulation automobile. Une voie Nord-Sud sera le support de l’activité commerciale tandis qu’une voie Est-Ouest aura pour vocation la desserte inter࠭quartier. D’autre part, de nouvelles allées s’ouvrent à la circulation piétonne pour atteindre les jardins, le centre commercial, la crèche ainsi que les équipements sportifs et les écoles en bordure du quartier.

Enfin, pour redonner pleinement aux habitants du quartier le sentiment de résider dans une ville, de nouvelles formes urbaines sont introduites dans les espaces extérieurs de la cité (places, rues, squares), pour redonner de la complexité et de la densité urbaine à La Caravelle.
Le projet du cabinet Castro-Denissof s’attache aussi à transformer systématiquement le bâti.
b) Changer l’image architecturale de la cité tout en respectant la base architecturale
Un travail plastique est entrepris sur les façades des bâtiments pour retrouver des « rugosités » sur les parois trop lisses des barres existantes. Les entrées d’immeubles sont rendues plus lisibles, on ajoute des balcons et surtout des bow-windows qui rythment les longues barres à l'extérieur, et apportent un luxe de lumière dans les logements à l'intérieur tout en agrandissant un séjour.
Le but de ces opérations est de faciliter les repérages, d⠙identifier des appartenances, d’introduire de la complexité et de la diversité dans les formes du bâti.
Cet objectif de rénovation et de remodelage architectural a dû en partie être revu à la baisse, en raison de l’affrontement entre choix esthétiques et choix économiques. Les bow-windows ne sont pas suffisamment rentables. L’écrêtage souhaité par le cabinet Castro-Denissof n’a pas non plus pu être réalisé.

Enfin, le projet de rénovation du quartier a aussi visé à transformer le cadre de vie des résidents.
c) Mettre en valeur le « capital jardin » de La Caravelle
La mise en valeur des espaces verts est l’œuvre du paysagiste Christophe Laforge (Hannetel et associés), qui a travaillé en étroite collaboration avec le cabinet Castro-Denissof.
Ce travail consiste d’une part à valoriser la position privilégiée de La Caravelle, et d’autre part à « végétaliser » le quartier même de La Caravelle.
La barre centrale de 400 m de long était une « lame » qui se glissait entre de vastes espaces verts à l’Ouest (parc départemental des Chanteraines) et le tissu urbain plus dense de Villeneuve-la-Garenne. En désenclavant le quartier, La Caravelle peut devenir un espace de transition entre le centre ville – qui n’est distant que de 300 m – et les espaces ludiques et d’animation que sont les parcs et les bords de Seine, et donc se transformer en un lieu de passage.
Le paysagiste a en outre voulu hiérarchiser les espaces, en introduisant en pied d’immeuble des jardins de résidence, semi-privés, appropriables par les habitants de l’immeuble. Par ailleurs, des mails ont été constitués. Des parkings souterrains ont été construits pour libérer des surfaces en pleine terre favorables à la plantation d’arbres. Un hectare d’espace public a ainsi été créé.
Le modèle auquel se réfère cette fois-ci les urbanistes est clairement celui de la « Cité-Jardin », façon de mettre en valeur l’ampleur des possibilités nouvelles qu’a ouvertes ce remodelage.

« Créer des perspectives, mettre en valeur le capital cité-jardin »
Le projet en quelques chiffres
L’opération globale se termine au bout de dix ans.
Les travaux devaient être achevés en 5 ans et coûter 500 millions de francs (200 pour les bâtiments, 300 pour l’espace public). Finalement, ils ont coûté 260 millions de francs pour ce qui concerne les bâtiments.
Le projet a été financé par de nombreux acteurs, par ordre d’implication financière : PACTE 92 – Département – (à plus de 70 %), Région, Etat, Europe.
Le volet social et économique
<ࡦont font-family:Arial;" >Le volet social et économique du projet est beaucoup moins dense et spectaculaire que le travail de rénovation urbaine et de remodelage architectural. Cependant, le projet de Z.A.C. ne se résume pas à une intervention sur le bâti.
Alain-Bernard Boulanger, maire de Villeneuve-la-Garenne, l’affirme : « Pour qu’une politique soit réellement efficace, elle doit agir dans trois domaines : l’habitat, le développement économique, la mise à niveau des services publics ».
Tout d’abord figure dans le projet inࡩtial du Pacte 92 l’objectif de rouvrir La Caravelle à des catégories sociales qui l’ont désertée. Dans ce sens, les nouvelles constructions et les bow-windows enrichissent le quartier d'une offre de types différents. Le loyer des nouvelles constructions sera ainsi relativement plus cher que les autres. De plus, une politique de peuplement concertée avec les différents partenaires devrait permettre d’empêcher la ghettoïsation des populations les plus fragiles.
Un second objectif du Pacte 92 est d’offrir un quartier multifonctionnel associant logements, activités commerciales, activités associatives, culturelles et de loisirs.
Trois accroches entre la ville et La Caravelle ont été réalisées, respectivement réparties au bord des trois axes routiers qui entourent le quartier : un centre commercial ouvert sur la ville, une place publique tournée vers l’extérieur et une maison socio-culturelle.
La rénovation du centre commercial
Ces dernières années, le centre commercial a enregistré une baisse sensible de fréquentation en raison de l’absence de commerces spécialisés et attractifs, ainsi que du sentiment d’insécurité et de la dégradation générale du site.
Dans le cadre du PACTE 92, le projet est de tourner le nouveau centre commercial vers la ville en ouvrant une rue piétonne commerçante et en réalisant 34 places de stationnement en bordure du centre commercial pour en faciliter l’accès. Des nouveaux logements sont construits aux étages. L’objectif est également de présenter une gamme large complémentaire de produits (un supermarché, une pharmacie, un bar brasserie, une boulangerie, un pressing, une cordonnerie).

La place commerciale du projet, ouverte sur la ville.
Le centre socio-culturel « Le Nouveau Monde »
Construit par Roland Castro et inauguré en 2001, cet équipement social, culturel et sportif est aussi une maison des associations et une salle de boxe. Sa création vise à diversifier les réseaux sociaux en développant la médiation associative (Caisses d’Allocations Familiales, Droits des Femmes, Droit au logement…) dans le quartier.

Le Nouveau Monde, côté rue.
Le projet de remodelage urbain de La Caravelle nous a été présenté par la mairie de Villeneuve-la-Garenne comme étant un programme s’inscrivant dans le processus de redynamisation sociale et économique qui a été engagé sur le quartier dans le cadre du Contrat de Ville, et a été signé par l’Etat, le Département des Hauts-de-Seine et la Commune de Villeneuve-la-Garenne pour les années 1994-1998. Le volet social du Grand Projet de Ville (GPV) – aides au devoir, à la rédaction de CV, à la connaissance de la langue française et du droit français - s’ajoute au volet social du Pacte 92.
Mais en réalité, le GPV s’articule assez mal à la ZAC de La Caravelle. En effet, le projet mené par Pasqua et Castro est en rupture totale avec la politique de la ville en France, dans les méthodes et les procédures notamment.
Toutefois, avec la cession des espaces publics de La Caravelle par la SEM 92 (concessionnaire de la ZAC) à la ville, le GPV devrait se relier un peu mieux à La Caravelle.
3. U cadre opérateur original et efficace
L’urbanisme de Roland Castro rejette le catégorique (que ce soit le fonctionnalisme de Dubuisson ou la démolition complète et systématique) et mise sur l’humain. Cependant, il se caractérise par un certain "autoritarisme" dans les procédures : la nomination de Castro reste floue et la concertation a été fortement réduite (il est d’ailleurs intéressant de noter que les habitants de Villeneuve-la-Garenne voulaient majoritairement que La Caravelle soit rasée, d’après le maire).
L’intervention de Castro se veut rapide, efficace, opérante. Le constat qu’il tire est celui d’une situation d’urgence. Charles Pasqua et lui-même parlent de « plan ORSEC » des banlieues. Cette vision justifie des mécanismes d’intervention efficaces. Roland Castro a ainsi toujours développé une farouche critique de l'inertie des administrations et des propriétaires bailleurs qui ralentissent, voire bloquent le calendrier opérationnel.
Castro se heurte toutefois à la multiplicité des acteurs concernés par son projet.
Villeneuve-la-Garenne est propriétaire des voies délimitant le périmètre de la ZAC. La SEM 92 possède le centre commercial. Le département 92 est propriétaire de la crèche. Enfin les bailleurs et les propriétaires privés se partagent le parc de logements.
Fédérer ces différents acteurs était donc une nécessité pour Pasqua et Castro.
C’est pourquoi le cadre opérateur du remodelage de La Caravelle se caractérise par son originalité et sa force de frappe. Une ambition pionnière du département, rivalisant implicitement avec la Politique de la Ville mené par l'Etat, lance le projet. Le département, soucieux du contrôle de ses investissements, s'associe ensuite à la commune de Villeneuve-la-Garenne au sein d'un syndicat mixte, ayant vocation de maître d'ouvrage du projet de remodelage. Au couple traditionnel commune-Etat se substitue le nouveau couple commune-département. Le maire de Villeneuve-la-Garenne Alain-Bernard Boulanger parle d’une « expérimentation du Conseil Général sur une opération incluant un partenariat fort avec une ville. »
Pour fédérer immédiatement les différents acteurs, le lancement du projet a nécessité un portage puissant, une force politique et financière, mais aussi et surtout médiatique assurée par Charles Pasqua et Roger Prévost (ancien maire « charismatique » de Villeneuve durant une trentaine d’années).
Dans un second temps seulement, ces dirigeants se sont orientés vers les bailleurs, puis vers les habitants pour obtenir leur soutien.
Le projet est alors loin de faire l’unanimité. Le manque de confiance des bailleurs est criant. Leurs positions ont toutefois évolué au cours du projet : la SAGECO a été peu à peu convaincue, a S.I.C a été remplacée par l’OPDHLM, tandis que la SARELI est restée quant à elle « peu motivée ». Le département a donc dû apporter des « financements de motivation » aux bailleurs.
En mars 1998, la création de la ZAC de la Caravelle permet au syndicat mixte de superviser le projet en concédant la restructuration urbaine à la SEM92, guichet et interlocuteur unique, qui devient le maître d'ouvrage délégué de l'équipement du site (centre commercial, équipement culturel, parkings…). Les tensions sont alors multiples. D’une part, le partage de la maîtrise d'ouvrage entre l'opérateur du projet et les bailleurs (réhabilitation de l'existant et des constructions neuves de logements) ne se fait pas sans heurts. D’autre part, le passage d'une gestion patrimoniale du site à une gestion urbaine, impliquant la redistribution de la propriété des sols, pose problème. Le découpage de la cité n’a en effet pas tenu compte du découpage foncier des bailleurs.
Pour répondre à ces difficultés de gestion, un mode de gestion atypique s’est imposé. En décembre 2001 est décidé le démembrement de la copropriété d’origine par la création de l'AFUL (Association Foncière Urbaine Libre) associant les bailleurs, la SEM 92 et la Ville, à titre d’invitée, dont le but est de gérer les espaces demeurant communs (voiries, aires de jeux, promenades…) et de mutualiser certains services dont la commercialisation et l'attribution des logements. Bien qu’ils possèdent leurs biens propres, les propriétaires fonciers les gèrent maintenant collectivement. Ainsi, il n’y a plus de différenciation entre les locataires, malgré les différents bailleurs. Cette gestion est novatrice en matière de renouvellement urbain en France.
Le projet de remodelage de la cité de La Caravelle est donc un projet ambitieux et efficace, qui a nécessité un cadre opératoire atypique et puissant, ainsi que la création d’outils originaux.
PARTIE III : BILAN ET REFLEXIONS SUR LE REMODELAGE DE LA CARAVELLE
1. A l’échelle du quartier
a) L’amélioration de la qualité de vie
De nombreux journaux étrangers soulignent une nette amélioration dans la vie du quartier. L’absence de révolte durant la crise des banlieues semble montrer que La Caravelle fonctionne mieux.
Dans un article du journal Newsday datant de novembre 2005, intitulé « Power of design », le journaliste Matthew Mcallester estime que, depuis les rénovations, les faits de délinquance dans ce quartier ont beaucoup baissé :
« Youths in the past often burn cars. It was a mess. But since the renovations, it’s calmed down. The kids play football and basketball and it’s just easier to live here. »
Selon le journaliste, la rénovation architecturale est une solution efficace pour faire reculer les troubles sociaux.

Terrain de football sur la partie est de la cité de La Caravelle.
Dans un autre article datant de novembre 2005, intitulé « Why Caravelle Escaped French Riots » (Toronto Star), Sandro Contenta écrit que l’apparence physique des grands ensembles joue un rôle important dans le déclenchement des émeutes et que l’architecture peut apporter de l’urbanité et de l’humanité à un lieu.
Ces deux articles soulignent une évolution positive des mentalités des habitants de La Caravelle depuis les rénovations. La satisfaction des habitants expliquerait l’apaisement du quartier.
b) Des objectifs atteints
L’opération a profondément transformé le quartier. La Caravelle s’est ouvert au reste de la ville. Le passage de l’air en a facilité l’accès et celui de la lumière a créé des perspectives vers les quartiers voisins.
La requalification du mail et son prolongement sur les avenues de Verdun et du Maréchal Leclerc ont ouvert le quartier au Nord de la ville, tandis que le percement de la grande barre en deux endroits, à l’Ouest, a permis de revaloriser le parc des Chanteraines. La promenade plantée fait écho à ce parc et donne une cohérence à l’ensemble, en créant une continuité de verdure qui adoucit l’aspect massif du bâti.
Les nouveaux équipements construits, comme le Nouveau Monde au Nord du quartier, sont destinés à tous les habitants du quartier. Le Nouveau Monde fait de La Caravelle un lieu de transit et de passage. Il fonctionne aujourd’hui très bien et attire de nombreuses associations.

Le centre socio-culturel du Nouveau Monde fait de La Caravelle un lieu de transit.
Le commerce, un bilan contrasté
Le projet a aussi transformé les commerces du quartier. Au Nord, le petit centre commercial se compose aujourd’hui de commerces de proximité diversifiés (LIDL, bar, boucherie, fruits et légumes et boulangerie-pâtisserie). Toutefois, les propriétaires ont du mal à tenir sur le long terme, à l'image du bar-brasserie : trois changements de propriétaires ont déjà eu lieu.
Par ailleurs, malgré la volonté des pouvoirs publics de concentrer les commerces sur la place, une épicerie demeure dans un emplacement auparavant destiné aux associations sur la façade est du quartier. Son propriétaire jouit d'un soutien parmi les riverains, l'expropriation constituerait une solution trop brutale. La fréquentation des commerces est également mise à mal par les actes de délinquance sur la place commerciale, et le « turn-over » demeure important parmi les propriétaires.
Le manque de concertation explique en grande partie ces tensions. Lors de nos entretiens, les différents acteurs du projet ont tous plus ou moins admis la quasi absence de concertation dans la conception et la réalisation du projet.
c) Des limites : l’absence de suivi social et financier de l’opération
L’augmentation des charges et des loyers est difficile à soutenir pour les résidents du quartier. Par ailleurs, l’insécurité persiste dans l’escalier D, et l’entretien du grand ensemble est insuffisant. Les habitants ont par exemple noté la présence de cafards et de rats. Toutefois, la co-gestion des biens par l’AFUL semble améliorer la situation.
Si les objectifs initiaux de désenclavement du quartier et de réintégration dans le tissu urbain sont une réussite, La Caravelle reste dans une situation fragile, comme nous l’indique la monographie de Villeneuve-La-Garenne réalisée par la mission politique de la ville.
Le quartier et sa population
Le quartier est l’une des ZUS les plus pauvres du département. Il se caractérise par une forte précarité de la population et une concentration des ménages à faible revenu.
Avant le lancement de l’opération, la vacance dans les logements était forte et le turn-over était important parmi les locataires. Aujourd’hui, la vacance est très faible et le turn-over a baissé. La dynamique de peuplement qui traverse le quartier est double. Connaissant un réel renouvellement, celui-ci voit coexister deux groupes : des populations françaises arrivées de longue date et des ménages étrangers récemment installés.
Plus du tiers des occupants du parc social a moins de 18 ans, et 37% des ménages ont pour personne de référence un adulte de moins de 40 ans.
La stigmatisation du quartier a longtemps été un frein au rééquilibrage démographique. Mais si l’opération de réhabilitation a fortement contribué à revaloriser La Caravelle, le quartier est toujours caractérisé par une population jeune, étrangère et à faibles revenus.
Activités économiques et emploi
L’armature commerciale du quartier est faible avec seulement sept commerces en activité et treize locaux vacants, mais ce diagnostic est à nuancer en raison de la proximité du quartier au centre ville.
Le chômage a augmenté à La Caravelle, à cause des difficultés rencontrées par les jeunes actifs en fin de scolarité. Un quart des chômeurs du quartier sont effet des jeunes ayant quitté l’école avant la classe de 3ème.
Education
Les enfants en difficulté scolaire sont nombreux. Près d’un tiers des élèves entrant au collège sont en retard d’au moins un an, et le taux de passage de la troisième à la seconde reste faible. Mais la situation a évolué positivement depuis la mise en place des ZEP en 1996 et celle de la convention Sciences Po en 2005.
Il apparaît donc nécessaire de promouvoir, dans ces quartiers, un suivi de l’emploi et de la formation professionnelle, ainsi que de renforcer les dispositifs d’aide aux enfants scolarisés en difficulté.
2. A l’échelle de la ville
Nous disposons de peu d’éléments sur l’intégration du quartier dans la ville. C’est précisément l’un des sujets sur lequel travaillent aujourd’hui les politiques de la ville.
a) Le désenclavement de La Caravelle
De nouveaux passages (liés aux jardins, à la promenade et au Nouveau Monde) ont créé des cheminements intra-quartier, mais aussi inter-quartier. La requalification du mail central, qui dessert le Nouveau Monde, facilite la circulation piétonne des habitants du quartier et de Villeneuve-la-Garenne. Le centre commercial situé à l’interface entre la cité et la ville est aussi une nouvelle « porte d’accès » à La Caravelle.

Carte extraite du rapport de présentation de la Z.A.C Caravelle.
Cette réouverture du quartier à la ville n’a cependant pas que des impacts positifs pour les habitants du quartier : le passage est facilité pour les scooters, les nuisances sonores augmentent, et la surveillance des enfants doit être renforcée en raison de la proximité de la route.
Surtout, malgré les nouveaux équipements collectifs et la requalification du site, l’image du quartier reste négative. Si les habitants voisins de La Caravelle acceptent aujourd’hui de s’en approcher, ils en ont toujours une mauvaise image. Nous avons interrogés de nombreuses personnes venant faire leurs courses en voiture au centre commercial, celles-ci paraissent lassées d’entendre parler du quartier et clament rapidement qu’elles n’y résident pas.
b) La Caravelle et les quartiers sud : deux projets phares qui portent ombrage aux autres quartiers de Villeneuve-la-Garenne
Au grand mécontentement des villénogarennois, La Caravelle fait de l’ombre au développement des autres quartiers de Villeneuve, par les investissements massifs que le projet a occasionnés et sa grande médiatisation.
Aujourd’hui, le nouveau projet phare de la commune est la réhabilitation des quartiers sud. L’urbanisme à Villeneuve-la-Garenne procède ainsi par des interventions successives, ponctuelles, et sur des territoires précis. Mais le dialogue entre les différents quartiers de la ville (Villerenne, les pavillons du bord de Seine, La Caravelle, les quartiers sud…) est en chantier. Les transports en commun ne jouent pas le rôle de liaison, et les identités de chaque quartier demeurent très fortes.

Pour fédérer ces différents quartiers, la solution promue est de construire des équipements collectifs à portée communale, comme le Nouveau Monde. Dans ce sens, les programmations du Nouveau Monde et du centre culturel municipal de Villeneuve-la-Garenne sont pensées collégialement, afin de proposer des activités complémentaires intéressant l’ensemble des villénogarennois.
3. Le remodelage, un mode d’intervention efficace pour les grands ensembles ?
a) Le remodelage de La Caravelle : un remodelage particulier parmi les remodelages réalisés par Roland Castro
A La Caravelle, le remodelage était une solution particulièrement pertinente?
Tout d’abord, la destruction du grand ensemble aurait été périlleuse. Plusieurs architectes considèrent les bâtiments de Dubuisson, disciple de Le Corbusier, comme une œuvre qu’il était impossible de démolir. Ensuite, le coût d’une démolition-reconstruction aurait été énorme. Il aurait également fallu reloger les 6 000 habitants du quartier.
A l’inverse, les atouts du remodelage sont nombreux. L’agilité et la flexibilité de l’intervention sur le bâti sont mises en avant, en opposition avec une forme unique immuable. Le remodelage est aussi particulièrement adapté au cadre urbain de La Caravelle : il permet son désenclavement. Le remodelage de Roland Castro semble effacer la trace de ce que fut le quartier originel. Le quartier fait peau neuve. Selon Philippe Mangeot, c’est « comme si on construisait un bâtiment neuf en faisant l’économie de la démolition ».
Roland Castro propose pour La Caravelle une forme particulière de remodelage, adapté à la nature du grand ensemble de Villeneuve-la-Garenne et à son environnement urbain.
A Lyon par exemple, Roland Castro a réalisé un type de remodelage complètement différent. Le projet de La Duchère ne comprend pas de percées mais de nombreuses constructions adossées à la barre initiale, ainsi que des pavillons sur les toits. Les nouveaux bâtiments sont plus bas afin "d'adoucir la violence" des formes. Une barre en façade à la rue et la création de nouveaux commerces permettent à l'ensemble de retrouver de l'urbanité. Chaque quartier appelle ainsi à un remodelage singulier.

Le remodelage la cité de La Duchère à Lyon.
De même, le remodelage de Roland Castro n’est qu’un type de remodelage parmi d’autres. L’architecte Laurent Israël propose par exemple à La Courneuve un autre modèle, moins ambitieux. A la cité Balzac, il a percé une barre avec des brèches pour laisser passer la lumière mais la structure initiale est restée la même.

Cité des Bleuets à La Courneuve, un remodelage moins ambitieux.
b) Le remodelage, une option parmi d’autres types d’intervention
Le remodelage ne fait pas l’unanimité chez les urbanistes. L’architecte-urbaniste François Grether, par exemple, s’oppose au concept de remodelage car il estime que l’amélioration architecturale ne fait pas véritablement avancer la ville. A l’inverse affirme-t-il : « La démolition engendre une situation de mouvement intéressant, le mouvement même de la ville ». Selon lui, les bâtiments n’ont pas toujours une valeur monumentale et il est parfois nécessaire de les démolir. En effet, quand le bâti est en trop mauvais état, le remodelage et la réhabilitation s’avèrent beaucoup plus coûteux que la démolition-reconstruction.
Le remodelage semble donc être efficace dans des contextes précis, mais son utilisation systématique ne serait pas pertinente pour les grands ensembles.
c) Les limites du remodelage
Roland Castro développe le concept d’ « architecture urbanisante ». Par l’intervention sur le bâti, l’urbanisme d’un lieu est transformé. En coupant la barre en trois, l’architecte crée des passages, des rues, des places. Ce travail est efficace à l’échelle d’un quartier. Toutefois, pour développer réellement le quartier de La Caravelle, une réflexion urbaine à l’échelle de la ville est nécessaire, pour repenser les liens entre les différents quartiers et changer en profondeur les mentalités des habitants.
Enfin, comme nous l’avons vu, La Caravelle est une banlieue dans la banlieue. Nombre des difficultés du quartier tiennent à l’enclavement de la commune, au faible dynamisme économique, aux difficultés sociales, et à l’insuffisante desserte en transports en commun de celle-ci. Une amélioration durable du quartier n’est possible que si une politique ambitieuse en ce sens est menée, au-delà du quartier.
L’intervention de Roland Castro, qui mise sur le « beau » et vise à redonner de la dignité au lieu, est très efficace à court et moyen terme. Mais elle présente aussi un risque pour les années à venir : celui de « masquer » la probable persistance à l’avenir des difficultés des habitants du quartier.
CONCLUSION
La cité de La Caravelle semble jouir d’un renouveau depuis sa réhabilitation. L’absence d’émeutes lors des événements de novembre 2005 et la fin de la vacance des logements témoignent de l’évolution positive de l’image du quartier. Les premiers bénéficiaires du remodelage sont les habitants de la cité. Les espaces publics créés ont résidentialisé le quartier en lui donnant de l’urbanité et de la diversité. Les nouvelles percées ont permis d’ouvrir, symboliquement et dans la pratique, des perspectives sur l’extérieur et de désenclaver le quartier. Le Nouveau Monde contribue à inscrire la cité dans les itinéraires pédestres des villénogarennois, qui apprennent ainsi peu à peu à apprivoiser ce « nouveau quartier ».
L’idée phare du projet a été de rattacher la banlieue à la ville, de donner à La Caravelle le « droit » aux mêmes équipements et aux mêmes beaux espaces que la ville. Le travail de Castro est ainsi centré sur l’image et la forme. Mais comme l’affirme Joëlle Boneue-Marckaert, directrice du Grand Projet de Ville, ce remodelage correspond à une vision « très française » de l’aménagement. L’intervention massive ponctuelle a été préférée à une réelle politique sociale territorialisée sur le long terme. A la Caravelle, le droit au beau dont jouissent dorénavant les habitants du grand ensemble n’a pas empêché la détérioration d’une partie de la réalité sociale, à l’image d’un taux de chômage revu à la hausse depuis le recensement de 1999.
L’autre originalité du projet a consisté en l’initiative départementale et la création d’outils opérationnels innovants comme l’AFUL.
Cependant, le remodelage de La Caravelle restera une opération atypique. Ni le mode d’intervention (le remodelage), ni le mode de frappe (l’outil départemental) ne se sont imposés dans les politiques de la ville en France.
D’une part, le remodelage demeure aujourd’hui un type d’intervention qui n’est pas pertinent pour tous les grands ensembles. Les rénovations sont privilégiées par les collectivités territoriales seulement quand les fonds sont suffisants. L’urbanisme vernaculaire prôné par le cabinet Castro-Denissof doit affronter la pratique de plus en plus généralisée de la démolition-reconstruction, qui apparaît comme la solution la plus efficace aux « maux » des grands ensembles. Comme si en supprimant les grands ensembles, l’opinion publique pouvait effacer tous les problèmes qu’elle y a rattachés.
D’autre part, le mode de frappe incarné par le cadre départemental semble aujourd’hui être dépassé face au nouvel outil de l’ANRU. Les communes continuent néanmoins de conserver unࡥ relative autonomie dans la gestion des fonds reçus, et de bénéficier d’un interlocuteur et guichet unique, mais dans le cadre de cette politique nationale.
METHODOLOGIE
Le choix du sujet s’est fait en plusieurs étapes. Nous souhaitions tous les trois travailler sur les grands ensembles et la banlieue. Nous avons hésité sur différents projets en banlieue.
La lecture de l’article intitulé « La Caravelle, une cité HLM » de Philippe Mangeot nous a interpellés. Après quelques recherches sur la nature de l’opération, nous nous sommes mis d’accord pour prendre comme sujet le projet de La Caravelle. Un élément central dans notre choix a consisté en la double originalité du projet : le type d’intervention (le remodelage) et le mode de frappe (l’initiative départementale).
Une première visite sur le terrain en novembre nous a permis d’une part de découvrir le quartier à pied, de prendre des photos, de discuter avec ses habitants, et d’autre part, en voiture, de comprendre l’environnement urbain de La Caravelle, l’organisation de la ville de Villeneuve-la-Garenne, son enclavement. Il nous est apparu ainsi de façon trࣨs claire que la ville et La Caravelle étaient très mal reliés aux Hauts-de-Seine et à l’agglomération parisienne, et que les différents quartiers de la commune communiquaient très peu entre eux.
Puis nous avons réalisé une grande collecte de documents, d’articles, d’ouvrages, de revues (voir les références).
Nous avons ensuite pris des rendez-vous avec des représentants des différents acteurs concernés par le projet de La Caravelle pour mieux sentir les enjeux et recueillir des informations plus précises sur les premiers bilans de l’opération. Nous avons aussi pu nous procurer les documents réglementaires et de planification.
A l’issue de cette étape, nous nous sommes concertés pour définir précisément notre problématique et élaborer le plan détaillé de notre dossier.
La présentation orale a été l’occasion de sélectionner les éléments les plus intéressants et les plus percutants de notre étude.
Enfin, nous avons réalisé un travail de rédaction, de rassemblement et de mise en page du dossier.
REFERENCES
NOS ENTRETIENS
Alain Bortolameolli, 4ème Maire-adjoint de Villeneuve-la-Garenne, aux affaires techniques, aux travaux et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, (20 février 2007).
Anne Blondeau, Responsable des opérations de renouvellement urbain de la SEM 92, (14 mars 2007).
Sophie Denissof, Architecte-urbaniste du cabinet Castro-Denissof-Casi, rôle de premier plan joué dans le projet de la Caravelle en matière de médiation, conception et d’accompagnement, (19 février 2007).
Joëlle Boneue-Marckaert, Directrice de projet au Grand Projet de Ville de Villeneuve-la-Garenne, (14 mars 2007).
Habitants de la cité de la Caravelle.
DOCUMENTS REGLEMENTAIRES ET DE PLANIFICATION
« Plan d’Aménagement de zone » de la Zone d’Aménagement Concertée de la Caravelle ; documents graphiques et rapport de présentation.
« Grand Projet de Ville » de la commune de Villeneuve-la-Garenne, daté du 20 septembre 2001.
« Charte communale du logement » de la commune de Villeneuve-la-Garenne
OUVRAGES
« Remodeler, métamorphoser », Roland Castro – Sophie Denissof, éditions Le Moniteur, 2003.
« Modeler, remodeler, Selon Roland Castro et Sophie Denissof », Partie 4 – Domestiquer la Caravelle, Texte de Françoise Moiroux, base de rédaction de l’ouvrage « Remodeler, métamorphoser » 2001.
« Régénérer les grands-ensembles », sous la direction d’Ariella Masboungi, publication du ministère des transports, de l’équipement, du tourisme et de la mer. Editions de la Villette, 2005.
« Impressionnisme Urbain – TOME 1 », Atelier Roland Castro – Sophie Denissof, ESA Productions, 2000.
PUBLICATIONS
« La Caravelle, une étude prémonitoire », Urbanisme, (mars-avril 1996), n°-287.
« La Caravelle arrive à bon port » et « Un centre commercial qui renaît », Urbanisme, (novembre-décembre 2001), n°-321.
« De Banlieue 89 à Jean-Louis Borloo », dossier paru dans Urbanisme, (septembre-octobre 2003), n°-332.
« Rénovation Urbaine », Hors série d’ Urbanisme (avril-mai 2006).
PRESSE
“ La Caravelle, une cité HLM”, site internet Vacarme, 9 septembre 1999, Philippe Mangeot, http://www.vacarme.eu.org/article999.html.
« Modification du P.O.S », La Voix Populaire, semaine du 10 au 16 juillet 1996.
« La Caravelle remise à flot » et « Entretien avec Maurice Leroy », 92 Express, publication du Conseil Général des Hauts-de-Seine, juillet-août 2000, pages 24-25.
« Why Caravelle escaped [French] riots », Toronto Star, 12 novembre 2005.
« Powers of the design », Newsday, 13 novembre 2005.
« Roland Castro met la banlieue au centre de son projet de Grand Paris », site internet Cyberarchi, 24 mai 2006.
« Pour Roland Castro, Sophie Denissof et Sylvia Cassi, droit de l’homme vaut droit de Cité », Cyberarchi, 7 décembre 2005.࠼/span>
« Le grand-ensemble, coupable idéal du mal urbain », Frédéric Edelmann et Emmanuel Le Roux, Le Monde, 5 décembre 2003.
DIVERS
Chronologie historique sur Villeneuve-la-Garenne, site de la mairie de Villeneuve-la-Garenne, http://villeneuve92.com/portrait/histoire/vlg.php.
Lettre ouverte de Jacques Brunhes à l’OPDHLM 92, député de la 1ère circonscription des Hauts-de-Seine (Parti Communiste Français)ࠬ 19 janvier 2006, site internet de Jacques Brunhes, http://www.jacques-brunhes.org/content/view/76/43/.
Biographie de Roland Castro.
1992 : La Charte 92 - http://www.hauts-de-seine.net/portal/site/hds/histoire-historique/conseil-general/1367/9949c3b524cf1010VgnVCM100000860aa8c0RCRD.vhtml
DOCUMENTS AUDIOVISUELS
« Banlieue 89 », de Gérard Langevine, documentaire de 51 minutes, (1984).
PHOTOGRAPHIES
Photographie aérienne de la cité de la Caravelle, IGN (2003).
Autres photographies aériennes, site internet Géoportail (2003), http://www.geoportail.fr/index.php?event=DisplayCartoVisu&url_insert=454c8017cd9addec9f7d2e88aa8ee6ae.
Site internet du cabinet Castro-Denissof-Casi, photos avant/après, plans-masses et plans façade de l’opération après le remodelage, http://www.castrodenissof.com/.
Photographies paysagères de la Caravelle avant 1990 et photos de la maquette de la Caravelle de Jean Dubuisson; Centres de documentations Mairie de Villeneuve-la-Garenne et Conseil Général des Hauts-de-Seine.
Photographie de la Cité Balzac à La Courneuve : http://www.interet-general.info/IMG/France-La-Courneuve-Barre-Balzac-1.jpg
Autres photos : Rémi Curien, Alexandre Laignel, Audrey Skrzypec.